
La performance d’un arc traditionnel réside moins dans un unique bois « magique » que dans la compréhension des propriétés spécifiques de chaque essence, particulièrement celles issues de nos terroirs français.
- L’if est un bois d’exception pour ses propriétés mécaniques uniques, mais le frêne, le robinier et d’autres essences locales offrent des performances remarquables et une alternative durable.
- Les matériaux naturels comme la corne, le tendon, les plumes d’oie ou la cire d’abeille ne sont pas de simples détails : ils sont au cœur de l’efficacité et de l’âme d’un arc traditionnel.
Recommandation : Pour trouver l’arc qui vous correspond, commencez par vous connecter aux artisans facteurs d’arc français et explorez les ressources végétales de votre propre région.
L’image est ancrée dans notre imaginaire collectif : un archer, seul dans la forêt, caressant du pouce le grain d’un arc en bois. Il ne tient pas un simple outil, mais un prolongement de lui-même, un morceau d’arbre auquel il a confié sa précision et sa puissance. Cette connexion intime entre l’homme et le bois est l’essence même de l’archerie traditionnelle. Depuis des millénaires, des chasseurs et des guerriers ont appris à lire dans les fibres d’un tronc la promesse d’une flèche rapide et précise. On pense immédiatement à l’if, le bois mythique des longbows anglais qui firent trembler la chevalerie française. Mais cette vision, bien que romanesque, est incomplète.
Limiter l’art de la facture d’arc à une seule essence, aussi noble soit-elle, serait comme réduire la gastronomie française au seul fromage Roquefort. La réalité est bien plus riche et nuancée. Chaque forêt de France, de la Normandie aux Pyrénées, abrite des arbres dont les propriétés mécaniques n’attendent qu’à être révélées par la main de l’artisan. Mais si la véritable clé n’était pas l’essence elle-même, mais la compréhension de sa « biomécanique » ? Et si le secret d’un grand arc résidait dans un dialogue constant entre le facteur d’arc et la vie secrète du bois, une histoire qui prend racine dans un terroir spécifique ?
Cet article vous invite à un voyage au cœur du bois. Nous explorerons la science qui se cache derrière la légende de l’if, puis nous partirons à la découverte des autres essences françaises qui donnent naissance à d’excellents arcs. Nous percerons les secrets de l’alchimie naturelle des arcs composites, nous comprendrons pourquoi la plume naturelle reste reine, et nous apprendrons même à fabriquer nos propres consommables. Enfin, nous verrons comment tous ces éléments matériels se rejoignent pour retrouver l’instinct pur du tir, l’âme de l’arc traditionnel.
Ce guide n’est pas une simple liste de matériaux. C’est une exploration de la philosophie qui lie l’archer à la nature, une invitation à voir l’arbre non plus comme une matière première, mais comme le premier maillon d’une chaîne de performance et de sensations. Le sommaire ci-dessous vous guidera à travers les différentes facettes de cette noble quête.
Sommaire : Les secrets des essences de bois pour l’archerie traditionnelle
- L’if, le bois légendaire des arcs : pourquoi est-il si spécial (et si cher) ?
- Pas que l’if dans la vie : les autres bois qui font d’excellents arcs traditionnels
- Corne, tendon et colle de poisson : les secrets de fabrication des arcs composites ancestraux
- Le secret d’un vol de flèche parfait : pourquoi les plumes naturelles sont reines en tir traditionnel
- Fabriquez votre propre cire pour corde d’arc : la recette 100% naturelle
- L’âme de l’arc tradi : comment choisir et préparer ses flèches en bois
- Le match des sensations : bambou vs bois vs bambou/carbone
- Retrouver l’instinct du tir : le guide complet pour débuter avec un arc traditionnel
L’if, le bois légendaire des arcs : pourquoi est-il si spécial (et si cher) ?
Aucun bois ne porte une charge historique et mythique aussi puissante que l’if (Taxus baccata). Son nom est indissociable des redoutables archers gallois et anglais du Moyen Âge, dont les volées de flèches ont changé le cours de l’histoire. Mais au-delà de la légende, ce qui rend l’if si exceptionnel est une dualité mécanique quasi parfaite, une véritable leçon de biomécanique offerte par la nature. Le secret réside dans la structure même de son tronc : son duramen, le bois de cœur de couleur orangée, possède une résistance à la compression phénoménale, tandis que son aubier, la partie externe plus claire, excelle en résistance à la tension.
Lorsqu’un archer bande un arc en if, le ventre de l’arc (face à lui) est comprimé, et le dos (face à la cible) est étiré. L’if est l’un des rares bois où ces deux couches aux propriétés opposées mais complémentaires coexistent naturellement. C’est comme si l’arbre était un arc composite né. Cette synergie permet de stocker une immense quantité d’énergie et de la restituer avec une vitesse et une souplesse incomparables, donnant à la flèche une sortie de corde à la fois vive et douce, sans « choc » excessif. Cette performance intrinsèque explique pourquoi il a été si prisé pendant des siècles.
Sa rareté et son prix élevé aujourd’hui s’expliquent par plusieurs facteurs. L’if est un arbre à croissance extrêmement lente, il faut des décennies, voire des siècles, pour qu’il atteigne un diamètre suffisant pour la facture d’arc. De plus, il est toxique pour le bétail, ce qui a conduit à son éradication de nombreuses zones de pâturage en Europe. Enfin, trouver une billette d’if parfaitement droite, sans nœuds et avec un ratio aubier/duramen idéal relève de la quête. Cependant, des alternatives locales existent, et le robinier, par exemple, s’est révélé être une essence remarquable. Certains facteurs d’arc français considèrent même que le robinier est l’arc de chasse idéal pour sa résistance en conditions humides, rivalisant avec l’if.
Cette perfection naturelle a un coût, mais elle établit le standard par rapport auquel toutes les autres essences sont jugées. L’if n’est pas juste un matériau, c’est l’étalon-or du bois d’arc.
Pas que l’if dans la vie : les autres bois qui font d’excellents arcs traditionnels
Si l’if est le roi, le royaume des bois d’arc est peuplé de nombreux princes talentueux, souvent plus accessibles et ancrés dans nos terroirs français. S’éloigner du mythe de l’if, c’est s’ouvrir à un monde de possibilités et redécouvrir la richesse de nos propres forêts. Trois essences se distinguent particulièrement par leurs qualités et leur disponibilité en France : le frêne, le robinier (faux-acacia) et le noisetier.
Le frêne commun (Fraxinus excelsior) est sans doute l’un des meilleurs bois d’arc après l’if. Très flexible, résilient et doté d’une bonne vitesse de restitution, il est beaucoup plus courant et facile à travailler. Il pardonne davantage les petites erreurs de facture, ce qui en fait un excellent choix pour un premier arc fait maison. Son bois blanc et son grain droit sont d’une grande élégance. Son principal défi réside dans le séchage : il faut compter environ deux ans pour qu’un plot de frêne perde 20% d’humidité et atteigne un état stable pour la facture. Le robinier (Robinia pseudoacacia), bien qu’originaire d’Amérique du Nord, s’est parfaitement acclimaté en France. Son bois jaune-doré est incroyablement résistant à la compression et quasi imputrescible, ce qui en fait un choix de prédilection pour les arcs de chasse ou de parcours qui seront exposés à l’humidité. Enfin, le noisetier (Corylus avellana) est le bois des origines, celui des arcs préhistoriques. Il offre des arcs souples et agréables, parfaits pour des puissances légères à moyennes, et se trouve très facilement en taillis.

Le choix d’une essence locale est aussi un acte philosophique : c’est le début du dialogue entre l’artisan et son environnement. Apprendre à reconnaître ces arbres, à sélectionner le bon tronc et à le préparer est la première étape du voyage de l’archer-artisan.
Votre plan d’action en 5 étapes : Trouver le bois d’arc dans votre région
- Identification et repérage : Apprenez à reconnaître le frêne (écorce grise lisse, feuilles composées), le robinier (écorce crevassée, épines) et le noisetier dans leur milieu. Localisez plusieurs spécimens prometteurs.
- Évaluation de la croissance : Cherchez des arbres à croissance lente, signe d’un bois dense. Des cernes de croissance de 1 à 2 mm d’épaisseur sont un excellent indicateur. Privilégiez les arbres poussant en compétition pour la lumière.
- Contrôle des dimensions et de la rectitude : L’arbre doit être le plus droit possible sur au moins 2 mètres de long et avoir un diamètre minimal de 10 cm pour espérer en tirer un ou deux arcs après l’avoir fendu.
- Choix de la période de coupe : La coupe doit idéalement se faire en hiver, lorsque la sève est redescendue. Cela facilite grandement le séchage et limite les risques de fissures ou d’attaques de champignons.
- Plan de séchage : Une fois la billette de bois coupée, fendez-la en deux et scellez les extrémités avec de la colle à bois ou de la cire pour éviter un séchage trop rapide qui créerait des fentes. Stockez-la dans un lieu aéré, à l’abri du soleil direct et de la pluie.
Ainsi, chaque sortie en forêt devient une occasion potentielle de découvrir non pas un simple morceau de bois, mais l’âme de votre futur arc.
Corne, tendon et colle de poisson : les secrets de fabrication des arcs composites ancestraux
Si l’arc en bois d’une seule pièce (selfbow) représente la pureté du dialogue avec un arbre, l’arc composite est une véritable alchimie naturelle, une symphonie de matériaux où chaque élément joue une partition précise. Nés dans les steppes d’Asie où les grands arbres étaient rares, ces arcs sont le fruit d’un génie adaptatif. Ils combinent plusieurs matériaux pour recréer et surpasser les propriétés mécaniques de l’if. La structure classique d’un arc composite se compose d’une âme en bois, d’une couche de corne sur le ventre (côté archer) et d’une couche de tendon sur le dos (côté cible).
La corne, typiquement de buffle d’eau ou de bélier, possède une résistance à la compression encore plus grande que le duramen de l’if. Elle encaisse l’énorme pression exercée sur le ventre de l’arc sans faillir. Le tendon, prélevé le long de la colonne vertébrale de cerfs ou de bovins, est un faisceau de fibres de collagène. Une fois séché et appliqué sur le dos de l’arc avec une colle animale, il offre une résistance à l’étirement absolument phénoménale. C’est cette combinaison qui permet aux arcs composites d’être beaucoup plus courts et réactifs que les longbows, tout en stockant une quantité d’énergie supérieure à puissance égale.
Le liant de cette alchimie est la colle. La plus réputée est la colle de poisson, fabriquée à partir de vessies natatoires d’esturgeon. Sa puissance d’adhésion et sa flexibilité une fois sèche sont inégalées. Cependant, sa fabrication est complexe et d’autres colles animales (peau, os, nerf) sont aussi utilisées. Aujourd’hui, certains artisans français perpétuent ce savoir-faire ancestral, tout en l’adaptant avec des matériaux locaux ou des alternatives modernes. Comme en témoigne Jean-Louis Rogalle, facteur d’arcs dans les Pyrénées, l’apprentissage de ces techniques complexes est un long chemin :
J’ai appris les techniques de fabrication des arcs traditionnels en bois lamellé-collé auprès de Rodney Wright au Québec. Aujourd’hui, je propose des arcs fabriqués avec des bois de pays sélectionnés pour leurs qualités et leur beauté, en privilégiant toujours le circuit court.
– Jean-Louis Rogalle, Archerie des Brumes
Le choix de la colle est déterminant pour la durabilité de l’assemblage, chaque option présentant un compromis entre temps de travail, performance et résistance aux éléments.
| Type de colle | Origine | Temps de séchage | Résistance à l’humidité |
|---|---|---|---|
| Colle de peau de lapin | France (élevages locaux) | 24-48h | Faible |
| Colle d’os | Bouchers locaux | 48-72h | Moyenne |
| Résine époxy bio | Alternative moderne | 8-12h | Excellente |
Fabriquer ou même simplement utiliser un arc composite, c’est donc toucher du doigt un sommet de l’artisanat humain, où l’ingéniosité a su transformer des produits de la nature en une machine balistique d’une efficacité redoutable.
Le secret d’un vol de flèche parfait : pourquoi les plumes naturelles sont reines en tir traditionnel
Un arc, aussi puissant soit-il, n’est rien sans une flèche qui vole droit. Et le premier garant d’un vol stable et précis en archerie traditionnelle est l’empennage. Alors que le tir moderne privilégie les « vanes » en plastique, le tir traditionnel reste fidèle aux plumes naturelles, et ce, pour des raisons profondément pratiques et balistiques. La supériorité de la plume naturelle tient en un mot : la tolérance.
Lorsqu’une flèche est tirée avec les doigts depuis un arc traditionnel sans repose-flèche, elle subit une ondulation complexe appelée « paradoxe de l’archer ». La flèche doit se courber pour contourner la poignée de l’arc avant de se redresser en vol. Une plume naturelle, par sa souplesse, s’écrase contre la poignée au passage et reprend instantanément sa forme, sans dévier la trajectoire. Une vane en plastique, beaucoup plus rigide, frapperait la poignée et provoquerait un départ de flèche erratique. C’est cette capacité à « pardonner » le contact qui rend la plume naturelle indispensable au tir instinctif depuis la main.
De plus, la structure même de la plume, légère mais rigide, offre une stabilisation en vol inégalée. Elle corrige rapidement les petites imperfections du lâcher et met la flèche en rotation sur elle-même, un effet gyroscopique qui garantit une trajectoire tendue. Les plumes les plus prisées sont les grandes plumes des ailes (rémiges) de dinde ou d’oie. Il est crucial de n’utiliser que des plumes de la même aile (toutes gauches ou toutes droites) sur une même flèche pour assurer une rotation cohérente. La réglementation française encadre même certains usages, comme le souligne la Fédération Française de Tir à l’Arc :
L’utilisation de plumes naturelles reste obligatoire pour les flèches dotées d’un empennage large destiné à réduire la vitesse, dont la partie la plus large ne peut pas s’inscrire sans déformation dans un cercle de 6 centimètres de diamètre.
– Fédération Française de Tir à l’Arc, Réglementation de la chasse à l’arc en France

Pour l’archer soucieux de son terroir, il est tout à fait possible de mettre en place un circuit court en France. En se rapprochant d’éleveurs de volailles de qualité, comme les dindes de Bresse ou les oies du Gers, on peut récupérer cette précieuse matière première. Cela demande un travail de nettoyage et de tri, mais renforce encore le lien entre l’archer, son équipement et les ressources de son territoire.
Choisir la plume naturelle n’est donc pas un acte de nostalgie, mais une décision technique et balistique qui est au cœur de la performance et des sensations du tir traditionnel.
Fabriquez votre propre cire pour corde d’arc : la recette 100% naturelle
L’âme d’un arc est son bois, mais son cœur battant est la corde. C’est elle qui transmet l’énergie de l’arc à la flèche. Une corde en fibres naturelles (lin, chanvre) ou modernes (Dacron, Fast Flight) est un assemblage de brins qui subit une friction et une tension extrêmes à chaque tir. Sans protection, elle s’effiloche, s’use prématurément et peut même rompre. La cire à corde est donc bien plus qu’un simple accessoire d’entretien : c’est l’assurance vie de votre corde et un garant de la constance de vos tirs.
Alors qu’il est facile d’acheter des sticks de cire industriels, fabriquer sa propre cire est une expérience simple, économique et profondément gratifiante, qui s’inscrit parfaitement dans la philosophie du tir traditionnel. Cela permet de contrôler entièrement la composition et de l’adapter aux conditions climatiques de sa région. La base de toute bonne cire maison est la cire d’abeille. Il est essentiel de choisir la cire la plus pure possible, la cire d’opercule, qui est la fine couche de cire que les abeilles utilisent pour sceller les alvéoles de miel. Elle est plus propre et plus efficace que la cire de corps de ruche.
On peut se procurer cette cire de haute qualité directement auprès des apiculteurs français. Les régions productrices de miels AOP, comme la Provence ou les Vosges, sont des sources privilégiées. À cette base, on ajoute d’autres ingrédients pour ajuster la texture. La résine de pin augmente la collant et la dureté, idéal pour les climats chauds, tandis qu’une huile végétale comme l’huile de lin ou un peu de suif apportent de la souplesse pour les climats froids et humides. La fabrication est simple et ne requiert qu’un bain-marie pour faire fondre les ingrédients en douceur sans les dénaturer.
Checklist pour créer votre cire d’arc maison adaptée au climat français
- Rassembler les ingrédients de base : Procurez-vous les trois composants essentiels. Visez une base universelle de 70% de cire d’abeille d’opercule, 20% de résine de pin et 10% d’huile de lin.
- Adapter la recette à votre terroir : Si vous tirez principalement en Provence ou dans un climat chaud, augmentez la part de résine de pin à 25% pour une meilleure tenue. Pour la Bretagne ou un climat humide, ajoutez 5% de suif pour conserver la souplesse.
- Maîtriser la fonte douce : Utilisez un bain-marie. Ne laissez jamais la température dépasser 65-70°C. Une surchauffe dégraderait les propriétés de la cire d’abeille et de la résine.
- Mélanger et mouler : Une fois tous les ingrédients fondus et le mélange homogène, coulez-le délicatement dans des moules en silicone (type moules à glaçons ou à cannelés) pour former des pains faciles à utiliser.
- Respecter le temps de séchage : Laissez la cire refroidir et durcir à température ambiante pendant au moins 24 heures avant de la démouler et de l’utiliser. La patience garantit un produit final stable et efficace.
Frotter sa corde avec une cire que l’on a fabriquée soi-même, avec des ingrédients issus de son propre terroir, ajoute une dimension sensorielle et une satisfaction unique à la pratique de l’archerie.
L’âme de l’arc tradi : comment choisir et préparer ses flèches en bois
La flèche est bien plus qu’un simple projectile ; en tir traditionnel, elle est l’âme de l’arc, le message envoyé à la cible. Le choix du fût en bois est aussi crucial que celui du bois de l’arc. Une flèche doit posséder un équilibre subtil entre poids, rigidité et rectitude pour voler parfaitement. La caractéristique la plus importante d’un fût est son « spine », ou sa rigidité dynamique. Le spine doit être parfaitement adapté à la puissance de l’arc : un fût trop souple (spine faible) pour un arc puissant oscillera trop et partira à droite (pour un droitier), tandis qu’un fût trop rigide (spine élevé) ne se déformera pas assez et partira à gauche.
En France, plusieurs essences locales permettent de fabriquer d’excellents fûts. Comme l’explique l’artisan facteur d’arcs Philippe Baumann, le choix se porte sur des bois offrant un excellent rapport rigidité/poids :
Mon objectif est de fabriquer le meilleur arc, souple, rapide et performant… du 100% Made in France ! Pour les fûts de flèches, je privilégie le pin sylvestre du Jura et l’épicéa des Vosges, qui offrent un excellent rapport rigidité/poids.
– Philippe Baumann, Philbows
Le pin sylvestre et l’épicéa sont en effet des choix de premier ordre. Ils sont légers, ce qui favorise une trajectoire tendue, et leur grain droit les rend relativement faciles à travailler. Le cèdre (Port Orford Cedar), souvent considéré comme la référence mondiale, est plus léger et possède un spine très constant, mais il est importé et donc moins en phase avec une démarche de terroir. La préparation des fûts, qu’ils soient achetés ou faits maison, implique de les redresser minutieusement à la chaleur, de les poncer et de les traiter avec une huile ou un vernis pour les protéger de l’humidité.
Le choix de l’essence et du spine dépend directement de la puissance de l’arc et de l’usage prévu (tir sur cible, chasse…).
| Essence | Densité (kg/m³) | Spine pour Ø 11/32″ | Disponibilité France |
|---|---|---|---|
| Pin sylvestre | 520 | 40-50 lbs | Jura, Vosges |
| Épicéa | 450 | 35-45 lbs | Alpes, Massif Central |
| Cèdre | 380 | 30-40 lbs | Importé, peu local |
Assembler ses propres flèches, en choisissant le fût, les plumes, l’encoche et la pointe, est l’un des plus grands plaisirs de l’archer traditionnel. C’est l’acte final qui donne véritablement vie à son équipement.
Le match des sensations : bambou vs bois vs bambou/carbone
Le monde de l’archerie traditionnelle n’est pas figé. Si le bois massif (selfbow) représente la tradition la plus pure, d’autres matériaux naturels ou hybrides offrent des sensations et des performances différentes, créant un débat passionnant parmi les archers. Le bambou, techniquement une graminée et non un bois, est l’un des concurrents les plus sérieux. Un arc dont le dos est recouvert d’une lamelle de bambou (bamboo-backed bow) bénéficie de l’incroyable résistance à la tension de cette fibre végétale. Le bambou agit comme un ressort puissant, augmentant la vitesse de la flèche et donnant à l’arc une nervosité très appréciée.
Les sensations en main sont très différentes. Un longbow en if ou en frêne aura tendance à avoir une armement plus linéaire et une libération plus « douce », qui pousse la flèche. Un arc avec un dos en bambou sera souvent plus « sec » et plus rapide, avec une sensation de puissance explosive. Comme en témoignent des archers de la Fédération Française de Tir Libre (FFTL), le bambou est particulièrement apprécié en parcours Nature ou 3D, où une trajectoire de flèche plus tendue est un avantage certain pour juger les distances inconnues. C’est un excellent compromis entre l’esthétique traditionnelle et la recherche de performance.
Plus récemment, les lamellés-collés hybrides ont fait leur apparition. Ces arcs combinent une âme en bois ou en bambou avec de fines couches de fibre de carbone. Le carbone, invisiblement intégré dans l’arc, augmente de façon spectaculaire la vitesse de restitution de l’énergie et la stabilité, tout en permettant de construire des arcs plus légers et plus fins. Pour certains puristes, c’est une entorse à la tradition. Pour d’autres, c’est le meilleur des deux mondes : l’esthétique et la chaleur du bois alliées à la performance des matériaux modernes. Le choix entre ces trois options est avant tout une affaire de sensations personnelles et d’objectifs. Il n’y a pas de « meilleur » matériau dans l’absolu, seulement celui qui correspond le mieux à la main et à l’œil de l’archer.
Cette diversité de matériaux est une richesse. Elle permet à chaque archer, du traditionaliste pur au compétiteur, de trouver l’instrument qui créera la meilleure harmonie avec son propre style de tir.
À retenir
- La performance d’un arc traditionnel ne dépend pas d’un seul bois mythique mais de la synergie entre les matériaux et le savoir-faire de l’artisan.
- Les essences françaises comme le frêne ou le robinier, ainsi que les matériaux naturels comme la plume, la cire d’abeille et le tendon, sont au cœur d’une pratique authentique et performante.
- Se lancer dans l’archerie traditionnelle est une démarche globale qui va de la connaissance de la nature à la maîtrise d’un geste instinctif, un parcours accessible grâce aux nombreux artisans et clubs en France.
Retrouver l’instinct du tir : le guide complet pour débuter avec un arc traditionnel
Posséder un bel arc en bois noble n’est que le début du voyage. Le véritable objectif est de retrouver le tir instinctif, cette capacité à atteindre la cible sans viseur, en faisant corps avec son arc. C’est une démarche qui demande de la patience et de l’humilité, en acceptant de désapprendre pour laisser parler son intuition. Pour un débutant, le chemin peut sembler intimidant, mais la France dispose d’un réseau dense de ressources pour accompagner les premiers pas.
La première étape est de ne pas commencer seul. Rejoindre un club affilié à la FFTA (Fédération Française de Tir à l’Arc) proposant une section « tir nature » ou « longbow » est un excellent point de départ. L’encadrement par des entraîneurs qualifiés permet d’acquérir les bases de la sécurité et du geste juste. Une autre voie, plus centrée sur le tir instinctif pur, est de se tourner vers la FFTL (Fédération Française de Tir Libre). Pour aller plus loin, suivre un stage d’initiation directement chez un facteur d’arc est une expérience immersive incomparable. Ces artisans passionnés transmettent non seulement une technique, mais aussi une philosophie.
Étude de cas : Un kit de démarrage 100% français
Pour le débutant soucieux de s’équiper avec du matériel de qualité et local, des solutions existent. Daniel Lacroix, facteur d’arcs et spécialiste du longbow, propose par exemple des kits complets entièrement fabriqués en France. Un ensemble typique comprend un arc-école en frêne d’une puissance modérée (25-30 livres), idéal pour apprendre le geste sans forcer, des flèches en pin des Vosges adaptées, et un carquois en cuir artisanal du Tarn. Pour un budget moyen de 350 à 450 €, il est possible de s’offrir un équipement complet, durable et fabriqué par un artisan français, loin des productions de masse.
Le choix du premier arc est crucial : il doit être d’une puissance faible (entre 20 et 30 livres) pour se concentrer sur la technique sans lutter contre le matériel. C’est en répétant le geste, en se concentrant sur sa posture, sa respiration et son point d’ancrage que le cerveau finit par calculer instinctivement la trajectoire. C’est un chemin de mille flèches, où chaque vol est une leçon.
La cartographie de vos premiers pas dans l’archerie traditionnelle en France
- Trouver un club près de chez vous : Renseignez-vous auprès de la FFTA ou de la FFTL pour trouver un club avec une section dédiée au tir traditionnel (longbow, tir nature, chasse).
- Profiter des portes ouvertes : La plupart des clubs organisent des journées d’initiation gratuites en septembre et en janvier. C’est l’occasion idéale de tester la discipline.
- Envisager un stage immersif : Contactez des facteurs d’arc reconnus en France (comme Philbows ou Archerie des Brumes) qui proposent des stages d’initiation ou de perfectionnement.
- Rejoindre une communauté : Adhérer à la FFTL vous donnera accès à une communauté de passionnés de tir instinctif et à des compétitions conviviales.
- Participer à la vie traditionnelle : Imprégnez-vous de la culture de l’archerie en participant aux rassemblements comme le Tir du Roy en mai ou les nombreuses fêtes médiévales estivales.
Pour débuter votre propre dialogue avec le bois et l’instinct, l’étape suivante consiste à explorer ces ressources, à pousser la porte d’un club ou d’un atelier, et à décocher votre première flèche.